ARPHA            

In mémoriam

2 résistantes annœullinoises s’en sont allées...

Marcelle Deleflie et Solange Deloffre sont décédées à quelques semaines intervalle.
Un hommage leur avait été rendu en 2019 à l’occasion du 75ème anniversaire de la Libération de septembre 1944.

Voici deux extraits du livre édité à cette occasion par l’ARPHA les concernant :
 [1]

• Témoignage de Marcelle D... - Annœullin.
(article de la Voix du Nord du 9 août 2004 - M-C. Nicodème - extraits)
" Je n’étais qu’une petite résistante. Je n’ai pas fait dérailler les trains qui transportaient les armes des Allemands " lance Marcelle qui reste discrète sur son passé. "
Pour Marcelle, s’engager dans la Résistance était une évidence. " Par patriotisme tout simplement. Nous ne sommes pas entrés en résistance pour l’honneur mais parce que nous étions français " C’est donc sans réserve ni réticence qu’elle accepte la proposition de son employeur, M. Saublin, prothésiste dentaire, également résistant.
Ainsi, durant ces années d’occupation, Marcelle et son patron ont caché, dans le cabinet, des Anglais et des Américains, avant que ces derniers ne prennent la route de l’Espagne, guidés par d’autres résistants.../... Personne ne se doutait de la présence d’alliés dans cette maison. " On nous les amenait la nuit, en toute discrétion. Ils étaient recueillis après être tombés d’avion. Ils ne sortaient jamais du cabinet. Nous allions leur chercher de la nourriture avec des tickets de rationnement que d’autres résistants avaient volés. " .../...

Mais Marcelle avait à sa charge une autre mission, également périlleuse.

" Je devais transmettre du courrier confidentiel. Je me rendais à vélo dans une ferme à Camphin-en-Carembault où se cachait le capitaine Fertein. Je récupérais les lettres et les transmettais à d’autres résistants à Haubourdin. " Et vice et versa. A une seule reprise, la dynamite a pris la place des lettres, n’entrainant pour la jeune femme aucune montée d’adrénaline. " Ils voulaient faire sauter le train à Haubourdin qui transportait des armes " se souvient-elle.
Avant d’enfourcher son vélo, Marcelle veillait à chaque fois à bien enfoncer les lettres au fond de son sac qu’elle recouvrait de salades. " C’était stratégique de demander à des jeunes filles d’accomplir cette mission. Comme ça, les Allemands ne se doutaient de rien. " explique Marcelle. Sauf une fois où elle a été arrêtée, avec d’autres personnes, par les Allemands à la sortie d’Annœullin. " Je ne pouvais pas faire demi-tour sinon les Allemands auraient compris. Alors, j’ai fait comme si de rien n’était. Cela m’a fait un petit coup mais je n’étais pas toute seule dans cette situation. "
C’est avec un semblant de décontraction qu’elle s’est approchée des Allemands qui l’ont laissée passer sans même la fouiller. " Ils recherchaient sûrement une personne qui leur avait été signalée. "
Le réseau des résistants, Marcelle ne le connaissait pas. [2] " On était toujours en contact avec deux ou trois personnes, pas plus. Pour des raisons évidentes de sécurité. " Si bien qu’il lui est encore impossible de savoir si ce réseau était dense ou non. La discrétion était de mise. Et l’est d’ailleurs toujours pour Marcelle qui n’a jamais parlé de son engagement de résistante à ses parents. " Pourquoi les inquiéter ? Ils se seraient fait du souci pour rien. "

• Témoignage de Solange D... - Annœullin.
En 1940-1944, la mère [3] de Solange faisait partie de la résistance (réseau Farmer). Elle recueillait des soldats anglais et, sur les indications de Sœur Olympe, une religieuse d’origine vendéenne installée à Annœullin, les menait à La Bassée où une organisation les prenait en charge pour les évacuer. Elles se chargeaient également toutes deux de la transmission du courrier vers Lille.
Solange était trop jeune pour faire partie du réseau mais elle aidait souvent sa maman.
Voici ce qu’elle raconte :

" Je devais porter des lettres pour de Gaulle [4] à Lille. Ma mère les avait placées dans des petits sacs de toiles cousus. Avec mon vélo, je devais rejoindre Wattignies, à l’auberge de l’Amiteuse, puis de là prendre le tramway pour aller à l’hôpital St Sauveur de Lille. J’avais un mot de passe pour rentrer en contact avec la Mère Supérieure de l’hôpital à qui je devais remettre les lettres.
Lorsque je suis arrivée à l’Amiteuse, le tram venait de partir. Je rentre néanmoins dans l’auberge pour déposer mon vélo et je demande à l’aubergiste quand passe le prochain tram. Celle-ci me répond : "dans ¾ d’heure environ". Voyant mon air dépité, elle me dit : "si vous devez aller plus vite à Lille, demandez donc aux Allemands qui sont là, dans la rue."
Un groupe de soldats allemands opérait en effet des contrôles à proximité de l’auberge.
Je me suis approchée de ce groupe. A l’époque, j’étais jeune et jolie (sourires de Solange) et le responsable du groupe de soldats allemands me dit : "Bonjour Mademoiselle. Vous voulez une voiture pour aller à Lille ? Tenez, voyez cette voiture, ils vont vous accompagner jusqu’à Lille".
Il s’agissait d’une voiture décapotable dans laquelle se trouvaient 4 soldats allemands. Je lui ai répondu : NON !
" Ah ! Vous ne voulez pas monter avec des Allemands ? Vous préférez une voiture française Mademoiselle ?" OUI ! lui ai-je répondu d’un air décidé.
Alors, il arrêta une voiture qui passait avec des civils et me fit monter. Celle-ci était dotée d’un gazogène, avec ses grosses bouteilles d’acier sur le toit.
Les occupants me regardaient d’un air méfiant car j’étais venue accompagnée par des Allemands. Mais quand je leur dis qu’il fallait que je me rende à l’hôpital très vite pour voir un de mes proches mourant, ils se détendirent... (rires de Solange). Et ils m’emmenèrent à Lille. "


Publié le 07-01-2021

[1Libération SEPTEMBRE 1944 - ENFIN LIBRES ! un hommage aux résistantes et résistants d’Annœullin

[2On retrouve ici le cloisonnement indispensable au sein des mouvements de résistance

[3Marie-Madeleine, déjà résistante en 14-18. Les Allemands l’appelaient alors « le diable noir »

[4NDLR : Il s’agit probablement d’une façon de parler pour désigner des liaisons avec Londres

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